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SEIGNEURIE
Beaufort a été tout d'abord un fief de la châtellenie
de Rosnay, déjà dès 1172 environ (LONGNON, Documents,
I. n°178). Dans un rôle de 1187-1190. il figure parmi les grands
fiefs du comté de Champagne (ibid n°2448). Après son
acquisition par Blanche d'Artois (1270), femme d'Henri III qui fut peu
après comte de Champagne, Beaufort devint chef-lieu de châtellenie:
il en était ainsi en 1274 ou 1275 et cette châtellenie dépendait
alors du bailliage de Vitry {ibid, page 414). On verra dans la liste des
seigneurs que cette baronnie a été tour à tour comté
(dès 1513. Archives nationales P461 n°1328), duché-pairie
(1597 - 1688), et même duché simple, après l'extinction
des mâles de la maison de Montmorency.
Seigneurs.
Léon Pigeotte a publié dans l'Annuaire de l'Aube (1881)
une bonne notice sur les anciens seigneurs de Beaufort, depuis les origines
jusqu'à 1689. Pour cette période, j'aurai différentes
choses à ajouter et d'autres à contester. Je note dès
maintenant une petite erreur : le nom d'Albret, qu'il écrit d'Albert.
Ce sont deux familles bien différentes, qui n'étaient
d'ailleurs pas contemporaines.
1. la Maison de Broyes et celle de Rethel X-XIII siècle
André du Chesne a raconté
très amplement l'histoire de la Maison de Broyes, dans son
Histoire généalogique de la Maison de Broyes et de Châteauvillain
(1631). Je renvoie à cet ouvrage par la lettre D et le n°
de la page. D'après ce savant généalogiste, le
plus ancien seigneur de Beaufort que l'on connaisse serait Renard
ou Renaud, sire de Broyes, qui vivait du temps d'Hugue Capet, donc
à la fin du X siècle (D. 1). De sa femme. Elvise ou
Eloise, il aurait eu Isembard, sire de Broyes et de Beaufort, qui
vivait en 1028 (D. 6) et celui-ci aurait eu pour successeur Hugue-Bardoul
I, qui fonda le prieuré de Beaufort avant 1058 (voir plus haut).
A celui-ci succéda Barthélemi, seigneur des dits lieux
de Broyes et de Beaufort, qui mourut avant 1081 et épousa la
fille de Raoul, comte de Crespy (D, 10).
1081 - 1110 : Hugue-Bardoul II, leur fils, seigneur des dits lieux
(D. 11), marié à Emeline de Monthéry (LALORE,
Cartulaires. VI. 201).
1121 (Côte d'Or, Morment, H 1182) - 1147 (LALORE Cartulaires,
IV, 9) : Simon I, leur fils, seigneur des dits lieux, qui fonda en
1131 l'abbaye d'Andecy. Il avait épousé en 1110 Félicité
de Brienne (D. 14), qui était remariée dès 1154
avec Geoffroi III de Joinville. Leur fils, Hugue II, hérita
de Broyes et fut la tige des sires de Châteauvillain de la Maison
de Broyes. Leur fils cadet, Simon, eut la seigneurie de Beaufort.
1152 - 1187 : Simon (Haute-Marne, La Chapelle aux Planches, 2°
liasse, 1 partie; D. 16- 17), marié dès 1172 avec Agnès,
dame de Ramerupt en partie; il vivait encore en 1187 (D. 16-17).
1199 - 1257 : Félicité de Beaufort, leur fille unique,
mariée en 1191 à Hugue II, comte de Rethel (Aube, 8
H; DELISLE Notice cartulaire comté Rethel, n°141). En même
temps qu'elle, Henri, sire d'Arzillières, se disait seigneur
de Beaufort (LALORE Boulancourt, 14 ou 110); sa femme Agnès
était peut-être la veuve de Simon de Beaufort susnommé.
1245 - 1258 : Jean, comte de Rethel, leur fils (Arbois, Histoire comtes
Champenois, catalogue n° 2713; LALORE Cartulaires IV, 56). En
1249, le dit Jean demandait l'annulation de son mariage avec Marie
de Thourotte parce que Jean de Thourotte, son beau-père, détenait
injustement le château de Beaufort, par un abus du pouvoir qu'il
avait reçu de Thibaud IV, comte de Champagne (Arbois. op. cit.
n°2887).
1260 - 1264 : Manassès IV, comte de Rethel, seigneur de Bourcq,
frère du dit Jean (LALORE op. cit. 59-60).
1270 : Hugue IV de Rethel, sire de Bourcq, fils du précédent,
qui devint comte de Rethel en 1273 seulement. Au mois de juin 1270,
lui et sa femme Isabelle vendirent à Blanche d'Artois, ci-après
nommée, ce qu'ils avaient à Beaufort et en la châtellenie,
y compris ce que Marie (de Lusignan), comtesse de Brienne, y avait
en douaire, pour en jouir après le décès de cette
dernière (Arbois, op. cit. n°3665). Six mois plus tard,
la seigneurie de Beaufort fut unie au domaine comtal de Champagne
par l'accession, au dit comté, d'Henri III, mari de Blanche
d'Artois.
2. Blanche d'Artois, comtesse
de Champagne; Lancastre; Charles V et Charles VI. Seigneurs usufruitiers
: Tancarville, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, XIII-XIV siècle.
1270 - 1302 (décès)
: Blanche d'Artois, susnommée, comtesse de Champagne, remariée
en 1275 ou 1276, à Edmond d'Angleterre, comte de Lancastre.
1304 - 1312 : Jean de Lancastre, leur troisième fils, baron
de Beaufort et de Nogent- l'Artaut, mort avant 1336; marié
à Alix de Joinville, veuve de Jean IV d'Arcis (Archives nationales.
Inventaire Dupuy, d'après J 194, n°8; LALORE, Cartulaires,
IV, 76 et 78). Ils n'eurent pas d'enfants. Pigeotte en est réduit
à dire, d'après Moréri, que l'héritage
de Jean de Lancastre aurait été recueilli par son frère
Henri I. Voici ce que j'en sais. D'après le P. Anselme (Histoire
Maison royale IV, 84), en février 1357, le dauphin Charles
(Charles V) aurait donné Beaufort à Louis d'Evreux,
comte d'Etampes. Dès 1361, Beaufort était revenu en
la possession de la famille de Lancastre, par le mariage de Blanche
de Lancastre, fille et héritière d'Henri II, duc de
Lancastre; ce dernier était fils d'Henri I, comte de Lancastre,
nommé plus haut. Blanche était mariée depuis
1359 à Jean d'Angleterre, dit aussi de Gaunt ou de Gand (il
était né à Gand), quatrième fils du roi
Edouard III, qui fut sénéchal d'Angleterre, devint duc
de Lancastre et mourut en 1359. On le voit encore cité comme
seigneur de Beaufort en 1364 (LALORE, Cartulaires, IV, 84. 86; et
Haute-Marne, La Chapelle aux Planches, 2ième liasse, 4ième
partie). Blanche ne mourut qu'en 1369. Ses descendants furent rois
d'Angleterre (Henri IV, Henri V, Henri VI). Pigeotte a rapporté
la filiation des enfants nés de l'union de Jean de Gand et
de Catherine Roët, veuve d'Othon Swinford, chevalier anglais.
Ces enfants ont porté le nom de Beaufort, et l'aîné,
Henri, a été chef de la branche des ducs de Sommerset
(voir Pigeotte, Anciens seigneurs Beaufort, 16-18). C'est au cours
de la guerre de Cent Ans que Beaufort a cessé d'être
anglais (voir plus loin l'article du château). II suffira de
dire ici que Charles V confisqua le comté de Beaufort sur Jean
duc de Lancastre (Froissart, édit. S. Luce, VIII, page XCV,
note 3). En 1379, Charles V le donna en viager à Jean II, comte
de Tancarville, vicomte de Melun, son chambellan (Côte d'Or,
B 3112, folio 1); peut-être même un peu auparavant, car
Tancarville était qualifié seigneur en septembre ou
octobre 1374 (Archives nationales, X 9182. folio 102) et en 1376 (ibid,
folio 164). Il mourut en 1382. Aussitôt, le roi Charles VI en
fit don, ainsi que de Soulaines, Larzicourt et Nogent l'Artaud, toujours
en viager, le 16 mars 1382 (n. st.), à son oncle Philippe le
Hardi, duc de Bourgogne (Côte d'Or, B 405; D. Plancher, Histoire
duché Bourgogne, III, Preuves n°LXII). On sait que le duc
mourut en 1404- (Cf. Côte d'Or. B 3113-3131).
3. 1404-1503. Les ducs de
Nemours
1404-1425 : Le 9 juin 1404,
Charles VI érigea en faveur de Charles III, roi de Navarre,
le duché de Nemours, qui comprenait Beaufort, Nogent-sur-Seine,
Pont sur Seine. Soulaines, etc. (Archives nationales, J194, n°45).
Néanmoins, une partie de Beaufort appartint à Catherine
de Bourgogne, duchesse d'Autriche, fille de Philippe le Hardi; il
en était ainsi en 1415 (Côte d'Or. B503).
A la mort de Charles III (1425), le duché de Nemours fut réuni
à la couronne, et ne fut reconstitué qu'en 1462, ainsi
qu'on le verra plus loin, mais Beaufort, ou au moins une partie, resta
entre les mains de ses héritiers. En 1437, c'était sa
fille, Blanche d'Evreux, femme de Jean d'Aragon, qui devint roi d'Aragon
(P. Anselme, III, 247). Jusqu'en 1462 Beaufort appartint à
Charles IV de Lorraine-Anjou, comte du Maine, de Guise, de Mortain
(Huillard-Bréholles, Titres Maison ducale Bourbon, n°6187);
une de ses filles, Louise, épousa Jacques d'Armagnac, qui devint
duc de Nemours, comme on va le voir.
1462-1477 : Jacques d'Armagnac, susnommé; sa femme avait reçu
Beaufort en don de son père (ibid, n°6511). En 1462, Louis
XI fit don à Jacques d'Armagnac de tout ce qu'il possédait
dans le duché de Nemours, mais il le confisqua; dès
1468 et 1469 le duc de Nemours avait acquiescé à cette
confiscation (P. Anselme, Histoire Maison royale, III, 398, 427-431).
Néanmoins, c'est seulement lorsqu'il fut décapité
(1477) que Louis XI se crut libre de disposer de Beaufort.
1477-1479 : incorporation de Beaufort au domaine royal.
1479-1483 : Par des lettres patentes de 1477, Louis XI en avait fait
don, à titre viager, ainsi que de Soulaines, Larzicourt et
Villemaheu. à Thierri III de Lenoncourt, son cham bellan, bailli
de Vitry en Perthois (P. Anselme, op. cit., IV, 84), mais ces lettres
ne furent enregistrées que le 17 juillet 1479 (Archives nationales,
P 166, n° 2391). Thierri de Lenoncourt mourut en 1483 (n. st.),
et ces biens retournèrent à la couronne.
En 1484, les biens de Jacques d'Armagnac furent restitués à
ses enfants par Charles VIII, et par suite le duché de Nemours.
Pigeotte pose la question, sans la résoudre, de savoir si la
châtellenie de Beaufort et ses dépendances, Soulaines,
Larzicourt et Villemaheu, rentrèrent en la possession de la
maison d'Armagnac et furent incorporés de nouveau au duché
de Nemours, lors de sa restitution (Anciens seigneurs. Beaufort, 25).
La restitution de Beaufort n'est pas douteuse, car eu 1485 l'un des
dits enfants, Jean d'Armagnac, se qualifiait duc de Nemours, comte
de Castres, Pardiac et Beaufort (Huillard-Bréholles, op. cit.
n°6907; Haute-Marne, La Chapelle aux Planches, 6ième liasse,
4ième partie). Pigeotte fait remarquer que dans l'énonciation
des biens donnés à Thierri de Lenoncourt, Beaufort était
désigne non plus comme châtellenie mais comme comté,
et il en conclut que l'érection de ce comté avait pu
avoir lieu dès 1477, "avec pensée d'un démembrement
définitif de l'ancien duché de Nemours" (op. cit.
25). Louis d'Armagnac, frère puîné de Jean et
après lui duc de Nemours, mourut sans alliance, le 28 avril
1503, à la bataille de Cerignola (P. Anselme, op. cit., III,
430).
Je ne sais pas à quel titre le comté de Beaufort était
possédé en 1504 (n. st.) par Pierre de Rohan, duc de
Nemours seigneur de Gyé, qui est connu dans l'histoire sous
le nom de "maréchal de Gié". Le 28 janvier
de la dite année, il faisait aveu au roi du comté de
Beaufort, relevant de Chaumont (Archives nationales, T14443, copie
du XVIII siècle). C'était peut-être à titre
de don. Quoi qu'il en soit, des lettres patentes du 8 février
1504 réunirent le duché de Nemours au domaine royal.
1504-1507 : réunion à la couronne. On va voir que le
comté de Beaufort cessa désormais de faire partie du
duché de Nemours.
4. 1507-1597 Foix, Foix-Aragon.
Croy-Arschot, Laval, Luxembourg, Etampes. Clèves, Bourbon Condé.
1507-1512 : Gaston de Foix,
comte d'Etampes, etc. le célèbre homme de guerre, neveu
de Louis XII. Gaston de Foix prétendait à l'héritage
de Blanche de Navarre, l'une des filles de Charles III de Navarre
et à ce titre il réclamait notamment le comté
de Beaufort avec Soulaines, Larzicourt etc. Cette prétention
était contestée par les officiers du roi. Une transaction
intervint. Des lettres patentes de Louis XII, données à
Blois en 1507 érigèrent le nouveau duché de Nemours,
pour lui et pour ses hoirs, en duché-pairie; en échange,
Gaston renonça à ses prétentions sur le comté
de Beaufort et autres terres au titre de duc de Nemours. Par "d'autres
lettres, de la même date, Louis XII les lui rendit en échange
de la vicomté de Narbonne, et ses terres étaient : le
dit comté de Beaufort, la châtellenie de Soulaines, Larzicourt,
Saint-Florentin, Ervy, Dannemoine et Coulommiers (Copie de 1559, Bibliothèque
nationale Collection Champagne XXII folio 63). C'est ainsi que ces
terres cessèrent de faire partie du duché de Nemours,
tout en appartenant au nouveau duc. Gaston fut tué à
Ravenne en 1512, le 11 avril.
1512-1513 : Retour à la couronne. Par des lettres du 20 juillet
1513, datées du bois de Vincennes, Louis XII fit don des dites
terres à sa nièce Germaine de Foix, reine d'Aragon,
sur du dit Gaston de Foix. L'énumération des terres
est la même qu'en 1507, mais on y a ajouté Séant
en Othe, aujourd'hui Bérulle (Bibliothèque nationales
Collection Champagne, XXIT, folio 76. copie de 1559). Germaine de
Foix vendit les dites terres au seigneur de " Cheuvres "
qui eut pour héritier Guillaume de Croy, marquis d'Arschot
mais le traité de Cambrai (5 août 1529) avait stipulé
leur retrait lignager au profit des enfants mineurs du vicomte de
Lautrec (Odet de Foix), neveux de la reine d'Aragon; ce fait est rappelé
dans l'acte de souffrance du 3 novembre 1529, qui fut accordé
aux dits mineurs (Archives nationales, T 144), et le rachat eut lieu
le 29 septembre 1530 (Bibliothèque nationale, 500 Colbert,
tome 281, page 57, et tome 283, page 2182). C'est par erreur que Pigeotte
(op. cit, p. 27) met en doute la possession de Beaufort et de ses
dépendances par le marquis d'Arschot. Par la mort de ses frères,
sans alliance (Gaston, puis Henri de Foix, ce dernier décédé
en 1540), cet ensemble de terres échut entièrement à
leur sur, Claude de Foix, mariée en 1535 à Gui
XVII comte de Laval, puis en 1547 à Charles de Luxembourg,
comte de Martigues, qui mourut en 1553, la même année
que sa femme, sans laisser d'enfant.
La dite Claude de Foix avait donné Beaufort, en se mariant,
au vicomte de Martigues, et ce dernier eut pour héritier testamentaire
Jean de Bretagne, duc d'Etampes, mais celui-ci par une transaction
du 29 juin 1554, céda les dits comté de Beaufort et
seigneuries d'Ervy et de Séant en Othe à François
Ier de Clèves, duc de Nevers, seigneur de Jaucourt, Jully et
la Grève, qui avait déjà hérité
de Claude de Foix pour les seigneuries de Chaource, de Maraye, d'Isle
et de Villemaur. Par un acte de partage fait en 1560 entre ses enfants,
le comté de Beaufort échut à Jacques de Clèves,
qui devint en 1563 duc de Nevers et qui mourut en 1564 sans laisser
d'enfant.
A cette époque (1560), Pierre Ragon, marchand demeurant à
Lentilles, était fermier du comté de Beaufort, y compris
Soulaines, Larzicourt et autres dépendances, pour 1.920 livres
par an (Bibliothèque Troyes, ms. 584. folio 39); en 1566 et
1568, l'amodiateur était Nicolas Ragon, aussi demeurant à
Lentilles, pour 1.520 livres seulement (ibid. ms. 585. folio 18),
mais la châtellenie de Soulaines avait été amodiée
séparément, au même, en 1566, pour 1.330 livres
(ibid, folio 19 v°). La succession de Jacques de Clèves
resta indivise, de 1564 à 1566 entre ses trois surs.
Un partage du 1 mars 1566 attribua le comté de Beaufort, Soulaines,
et le marquisat d'Isle à Marie de Clèves, alors mineure,
qui épousa en 1572 Henri Ier de Bourbon, prince de Condé.
Elle mourut en 1574 laissant une fille unique, Catherine de Bourbon.
Celle-ci mourut célibataire en 1595.
Le 4 février 1596 ses deux tantes, Henriette de Clèves,
duchesse de Nevers et Catherine de Clèves, duchesse de Guise,
se partagèrent sa succession. Cette dernière eut Jaucourt
et le comté de Beaufort et elle les vendit le 6 juillet 1597
à Gabrielle d'Estrées, marquise de Monceaux, sous le
nom d'Henri IV qui alors en fit don à sa maîtresse. Je
renvoie pour les références à mon étude
sur les Possessions des ducs de Bourgogne et de leurs successeurs
dans le département de l'Aube.
5. 1597-1789, les ducs de
Beaufort, puis de Montmorency
Gabrielle d'Estrées mourut en 1599. Henri IV, par des lettres
patentes de juillet 1597 avait réuni le comté de Beaufort
et la baronnie de Jaucourt, et les avait érigés en duché-
pairie, sous le nom de Beaufort, en faveur de César, son fils
naturel, qui devint duc de Vendôme, pour en jouir après
le décès de sa mère. Dès le 20 août
suivant, au camp devant Amiens le roi attestait que Gabrielle d'Estrées
duchesse de Beaufort, baronne de Jaucourt, Soulaines et Larzicourt,
dépendances du dit Beaufort, avait fait hommage des dites terres
(Archives nationales T144).
La suite des seigneurs est la même que pour Jaucourt, savoir
:
1599 - 1665 : César, duc de Vendôme et de Beaufort, qui
avait cinq ans au décès de sa mère et décéda
en 1665;
1665 - 1669 : sa veuve. Françoise de Lorraine : leur fils François
fut associé à la seigneurie, car en 1661 il était
qualifié duc de Beaufort (portrait par Nanteuil), mais il mourut
en 1669. C'est le duc de Beaufort qui joua un certain rôle pendant
la Fronde et qu'on avait surnommé "le roi des Halles".
1669 - 1698 : Louis-Joseph, duc de Vendôme et de Beaufort, leur
petit-fils, gouverneur et lieutenant général du roi
en Provence, qui vendit au suivant en 1688 (voir l'article de Jaucourt).
1688 - 1726 : Charles François Frédéric Ier de
Montmorency-Luxembourg, prince de Tingry, mort en 1726. Par des lettres
patentes de mai 1688, Louis XIV, en approuvant son acquisition, renouvela
en sa faveur l'érection du duché-pairie de Beaufort
(Archives nationales, Musée, vitr. 70, n°892). Par d'autres
lettres, d'octobre 1689, le roi, considérant que le prince
de Condé avait obtenu le changement de nom de son duché
de Montmorency en celui de duché d'Enghien, changea le nom
du duché de Beaufort en celui de Montmorency (ibid).
1726 - 1764 : Charles-François Frédéric II de
Montmorency, son fils, jusqu'à sa mort (1764).
1764 - 1766 : indivision entre ses deux filles.
1767 : 9 septembre, partage entre elles : le duché de Montmorency
échoit à l'aînée, Charlotte-Françoise.
Des lettres patentes de décembre 1767, confirmèrent
en faveur de son futur mari, Anne-Léon de Montmorency, marquis
de Fosseux, dont le contrat de mariage avait été signé
les 20 et 21 septembre, précédents, la possession du
duché de Montmorency. Ces lettres furent enregistrées
au Parlement le 14 mai 1768.
Famille féodale du
nom de Beaufort, distincte de celle des Beauforts de la maison de
Broyes ?. XII. XIII siècle.
Peut-être étaient-ce
des cadets de la maison de Broyes, mais c'est peu vraisemblable, car
André du Chesne n'en parle pas.
Avant 1147, Liébaud et Gilles de Beaufort, enfants de feu Oger
de Beaufort, étaient suzerains du tiers du moulin de Suzémont
(commune de Balignicourt); Gilles donna sa part de mouvance à
l'abbaye de la Chapelle aux Planches, pour l'âme de son père
(LALORE. Cartulaires, IV, 6).
En 1182, Martin de Beaufort, chevalier, était témoin
d'une donation faite à la dite abbaye par Simon, sire de Beaufort
(ibid, 30). Il était mort dès mai 1208 et avait laissé
un fils appelé Lambert, chevalier, qui fit alors don à
l'abbaye de Boulancourt du tiers du terrement que son père
avait eu à Tranne et à Jessains, consistant, en bois,
terrages, cens (Aube, 3H20, folio 14).
En 1247, Jean de Beaufort, écuyer, dit Blanche Couille donnait
à la Chapelle aux Planches, avec l'assentiment de sa femme
Ermenjart, tout ce qu'il avait des grosses dîmes de Tanières
et de la Brau, et 10 setiers de blé qu'il avait en la grosse
dîme de Chavanges (LALORE, Cartulaires, IV, 51). Ce don fut
confirmé en 1257 par Thibaud V comte de Champagne (ibid., 55).
En 1254 Renaud, fils de feue dame Odette de Beaufort, vendit à
l'abbaye de Montier en Der tous les droits qu'il avait à Hametel
et à Puellemontier (ibid., 231). En 1274 ou 1275, il est dit
Renaud de Beaufort et qualifié messire. Il tient alors en fief
du château de Beaufort 140 journaux de terre et 20 fauchées
de pré à Beaufort même; des terrages à
Lentilles, etc. (LONGNON, Documents, I, n° 7296). En 1277, il
est qualifié chevalier et délivre une charte par laquelle
il constate que les habitants de Lentilles ont reconnu n'avoir aucun
droit d'usage au bois dit le Raidon, qui appartenait aux moines de
la Chapelle aux Planches (LALORE, Cartulaires, IV, 65).
Château
Ce château a joué
un rôle important dans les événements militaires
dont notre région a été le théâtre.
Le seul nom de Beaufort, dont nous avons constaté l'existence
dès le XI siècle, suffit à prouver que c'était
une importante forteresse.
En 1249, Jean de Thourotte, gouverneur de Champagne pour le comte Thibaud
IV, et gendre du comte de Rethel, sire de Beaufort, s'était brouillé
avec son beau-père, et il voulait se séparer de sa femme.
Profitant de la situation importante qu'il avait, grâce au comte
de Champagne, il s'empara du château de Beaufort. Le comte de
Rethel s'adressa au pape Innocent IV et le pria d'intervenir auprès
du comte pour lui faire restituer son château (Arbois, Histoires
comtes Champagne, catalogue, n°2887).
Cette forteresse fut occupée par les Anglo-Navarrais de 1356
à 1364 (S. LUCE, Duguesclin, I, 464).
Le 15 mai 1414, le chapitre Saint-Étienne de Troyes décidait
de tenir en souffrance, jusqu'à plus ample information, un certain
Simon Lanien, de Giffaumont, qui demandait une réduction sur
ce qu'il devait des dîmes de Giffaumont, pour la dernière
moisson, attendu que le grand jeudi précédent les gens
d'armes du château de Beaufort lui avaient pris environ 4 muids
de froment et 7 muids d'avoine (Aube, 7G1, folio 57).
A l'époque de la Fronde, le château n'était plus
un redoutable voisin ou une défense pour la région qu'il
dominait, car il était fort délaissé par ses propriétaires.
En 1656, le curé rappelait les méfaits de la guerre civile.
Le bourg avait été pillé par les Lorrains, qui
tuèrent 10 ou 12 hommes au dit lieu, 3 à Lentilles. Ce
dernier village avait été pillé sept fois. Le curé,
qui demeurait alors à Lentilles, avait été obligé
de quitter son presbytère et d'aller passer six semaines dans
les bois, avec son domestique (ibid., G 746).
Nous n'avons pas de renseignements sur la consistance de cette forteresse.
Un aveu de 1504 se borne à dire que le château et place
forte de Beaufort est "clos et fermez de bons et grands fossez"
(Archives nationales, T 144). On a vu plus haut (à propos du
Chapitre) que sa démolition était antérieure à
1672. On croit qu'elle remontait au XVI siècle. L'emplacement
est d'une contenance de 2 hectares 69 ares 58 centiares. D'après
la tradition, le donjon avait 41 pieds environ de diamètre, soit
environ 13 mètres 50, et 80 pieds de haut, sans compter la toiture,
soit 26 mètres environ; au XVIII siècle il subsistait
des ruines hautes de 40 pieds (Arbois, Répertoire archéologique
13). D'après un historien local, la grosse tour (sic) avait à
l'extérieur 40 mètres de circonférence, et les
murs avaient 3 mètres d'épaisseur (A. Thévenot,
dans l'Arcisien, 1864, page 97).
On a vu plus haut que la chapelle castrale, en même temps collégiale,
était sous le vocable de Saint-Thomas de Cantorbéry.
Capitaines.
1358 - 1359 : Pierre Audley, Anglais (S. Luce, Froissart, E. V, XLII,
LI).
1361 : mars (n. st.), Guillaume de Voullemer ou Voullenier (Haute-Marne,
la Chapelle aux Planches. 6* liasse, 4' partie, d'après une
charte de 1482).
1379 - 1381 : (pour le comte de Tancarville). Pierre de Villemaheu,
écuyer gouverneur (Côte d'Or, B 3112, folio 12 v").
Sous le duc de Bourgogne il devint lieutenant d'Henri de Mussy, gouverneur
(ibid., B 504).
1382 : Raoul d'Ypres, écuyer, (Côte d'Or, B 11824).
1383 - 1386 : Henri de Mussy, aussi gouverneur (ibid.).
1395 - 1396 : Henri de Chauffour, écuyer, aussi capitaine de
Rosemont (ibid.).
1399 - 1404 : le gouverneur.
Châtelain.
1387 - 1397 : Robin de Monstier écuyer, dit "garde du
Chastel" en 1397 (Côte d'Or. B 31116, f" 41; 11861).
Gouverneurs du comté
1386 - 1398 : Henri de Mussy, écuyer d'écurie du duc
de Bourgogne, mort en 1398, le 4 juillet(Côte d'Or, B 3113,
folio1; 3126, folio35).
1398 - 1399 : Jean de Courcelles, écuyer, panetier du duc (B
3126, folio 35).
1399 - 1406 : Pierre de Fontenay, chevalier, seigneur de Rance; jusqu'à
la mort du duc (1404) (ibid., B 3131, folio 1), et encore après
(ibid., B3127, folio 41 v°; Haute-Marne, Montier-en-Der. 5°liasse,
1° partie).
1415 (pour le roi) : Jacques de Hans, chevalier, seigneur de Tour
Carrée, chambellan du roi (Montier en Der, ibid.).
Capitaines et gouverneurs
du duché
1619 (démission) : Jacques
de Bretel, seigneur de Brehant et de Saint Etienne sur Barbuise, capitaine
des gardes de M. de Luxembourg (Caumartin. Généalogie
Bretel).
1619 - 1648 : Antoine de Bretel, frère du précédent,
seigneur de Valentigny (ibid.).
Baillis
1293 : Guillaume du Châtelet, aussi bailli de Sézanne
(LALORE, Cartulaires, II, 265).
1295 : Jean de Rebais, bailli de Sézanne (ibid.. 267).
1299 : Guillaume de Mortery, aussi bailli de Sézanne (ibid.,
271).
1361 : (pour le duc de Lancastre), Guillaume de "Boulemer",
chevalier (LALORE, Cartulaires, IV, 84. - Cf. Capitaines).
1383 : (pour le dur de Bourgogne), Henri de Mussy, aussi capitaine
et gouverneur de la terre de, Beaufort et de Soulaines (ibid.. 87).
1485 : Guerri des Essarts, bailli de Beaufort, Larzicourt et Soulaines
(Haute-Marne, La Chapelle aux Planches, 6° liasse, 4° partie).
1517 - 1519 : Odard de Villemor, écuyer, licencié es
lois, avocat à Troyes (Bibliothèque nationale Coll.
Duchesne, LXI, folio 17; Archives nationales, T 144).
1525 : Soucin de Vitel, avocat en parlement, conseiller de Germaine
de Foix, reine d'Aragon et de Navarre, seigneur de Lavau et de Villemaheu
(LALORE. Boulancourt, 73).
1596 : Nicolas de Vaveray, bailli de Beaufort et de Larzicourt (Vaveray,
Election de Vitry, 57).
1632 : Jean de Royer, écuyer, seigneur de la Motte de Larzicourt,
licencié es lois, bailli et lieutenant général
(Archives nationales, T144).
1690 : Pierre I Adam, avocat en parlement, bailli et lieutenant général
du duché (Aube, C 2235, folio 39).
1700 (dès 1689 d'après M. Pierre Viard ) : François
I Adam, bailli et lieutenant général; seigneur du Châtelier
et Chassericourt (Archives nationales, T 144).
1757, François II Adam, avec les mêmes qualités
et seigneuries (ibid.).
Gruyers.
1386 - 1393 : Jean Richer. de Longeville (Côte d'Or. B 3113.
folio 1 ; 3120).
1394 - 1404 : Millot de Chavanges, écuyer (ibid., B 3121 ;
3131, folio 13).
1583 : Valeran de Sompsois, seigneur de Vaudrémont (commune
de Montmorency), gruyer du comté de Beaufort; fils de Pierre
de Sompsois et de Barbe de Verneuil, et marié à Madeleine
Le Bourgoing (Caumartin, Généalogie Sompsois).
1583 : Nicolas Galle (Archives nationales, X 9189, folio 98 v°).
1753 : Nicolas Garnier (Revue de Champagne et de Brie, 1898, p. 658).
A la fin du XVII siècle le bailli était en même
temps gruyer (Archives Pierre Gautier, Mémoires de l'intendant
Larcher).
Habitants notables.
La famille noble de Bonnille
demeurait à Beaufort dès 1585 (Caumartin, Généalogie
Bonnille) et encore en 1682 (Aube, C 2048).
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